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La cité de Trévise (1838-1840)

Quartier du Faubourg-Montmartre

cité de trévise

La cité Trévise

La cité de Trévise forme une place rectangulaire, entourée d’immeubles de rapport et raccordée par deux voies à la rue Richer, au sud, et à la rue Bleue, au nord. Elle s’articule autour d’un petit square inaccessible, planté d’érables sycomores et fermé d’une clôture à hauteur d’épaules.

La cité de Trévise porte le nom d’Edouard Mortier (1768-1835), maréchal d’Empire et duc de Trévise, tué par la machine infernale de Fieschi dans un attentat dirigé contre Louis-Philippe. Elle est le fruit d’une opération immobilière que trois spéculateurs réalisèrent sur le terrain d’un ancien hôtel particulier où avait vécu Nicolas-Joseph Maison (1771-1840), maréchal de France et ministre sous la Monarchie de Juillet.

Elle était initialement privée et fermée par des grilles à chaque extrémité, ce que l’on devine sur la gravure de L’Illustration. Afin d’assurer la tranquillité des habitants, un règlement particulier interdisait l’installation de boutiques ou d’ateliers, mais aussi l’exercice d’une profession insalubre ou la location d’un logement aux personnes jugées sans moralité.

L’ouverture de ce havre de paix, préservé de l’animation du faubourg Montmartre, retint l’attention de la presse de l’époque. Pour L’Illustration, la cité de Trévise répondait parfaitement au « bien-être des habitants qui demandent avant tout du calme, de l’air et du soleil ». Elle illustrait les « efforts tentés depuis quelques années pour naturaliser à Paris les squares, qui donnent à la ville de Londres un caractère si particulier, et créer au milieu du tumulte des quartiers les plus bruyants de fraîches oasis et de tranquilles thébaïdes » (L’Illustration, 14 septembre 1844, p. 32).

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La cité de Trévise

« Placée près des boulevards, au centre du haut commerce et de la banque, cette nouvelle cité, dont les hôtels et les maisons d’habitation entourent un parterre émaillé de fleurs, du milieu desquels s’élancent une fontaine jaillissante, offre la retraite la plus agréable au milieu du bruit des affaires et des plaisirs » (L’Illustration, 14 septembre 1844, p. 32).

Destinés à une clientèle aisée, les immeubles de la cité de Trévise étaient reliés aux branchements d’eau et de gaz, offrant aux résidents le confort moderne lié aux dernières innovations. 

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La fontaine de la cité de Trévise

La gravure de L’Illustration ne montre qu’une simple vasque au centre du square de la cité de Trévise. Dans la foulée du chantier de construction, Francisque-Joseph Duret (1804-1865) imagina pourtant trois figures féminines pour garnir la fontaine. Il disposa ces figures entre deux vasques : la vasque supérieure, qui déborde d’une eau jaillissante, et la grande vasque qui recueille le trop-plein.  

Les figures de la fontaine représentent les Trois Grâces  et s’inspirent très étroitement du célèbre groupe sculpté par Germain Pilon pour le monument funéraire abritant le cœur de Henri II. Placées dos à dos et vêtues à l’antique, elles semblent esquisser une sorte de ronde semblable à celle des Grâces du sculpteur de la Renaissance.   

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Les Grâces de la fontaine de la cité de Trévise

Les trois figures sont vêtues d’une tunique fixée sous la poitrine ; leurs épaules sont découvertes et leurs cheveux sont bouclés sur les tempes et rassemblés sur la nuque.

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L’immeuble aux piliers – 2, cité de Trévise

Du côté de la rue Richer, une grille à pointes de flèche délimite l’unique façade précédée d’une cour intérieure. Cette grille est scandée de piliers hexagonaux en pierre, qui supportent de petits vases en fonte. Cet immeuble aux piliers comprend un corps central, qui se distingue par un large portique à colonnes doriques, et deux ailes latérales qui bordent la cour intérieure.

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L’immeuble à la vigne – 6, cité de Trévise

Chargé des plans et de la construction des immeubles, Edouard Moll (1797-1876) soigna l’architecture, dont il concentra l’ornementation raffinée sur l’encadrement des portes. Élève de François Debret (1777-1850), connu pour s’être chargé de l’entretien et de la réfection de la basilique Saint-Denis, Edouard Moll s’est souvenu, ici ou là, des caractères de l’architecture médiévale.

Nommé inspecteur de la nécropole des rois de France, il maîtrisait parfaitement ce répertoire décoratif. L‘encadrement mouluré de la porte, avec sa « colonne » de fruits sculptés, semble ici l’attester, de même que la branche de vigne et les grappes de raisin du linteau ou la double arcade en plein cintre, qui rappelle les baies jumelées d’une fenêtre romane.

L’architecte de formation classique s’inspira également de la Renaissance italienne, que l’on appréciait particulièrement sous la Monarchie de Juillet. L’entablement à corniche saillante et les consoles cannelées, le rang de denticules, la frise d’oves et les chapiteaux en forme de vase, appartiennent plutôt à ce registre.

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Ferronnerie de porte, le buste d’Abélard – 7, cité de Trévise

C’est en revanche le Paris du Moyen-Âge qui est évoqué par la ferronnerie appliquée sur la vitre de la porte d’un immeuble qui s’élève un peu plus loin. Le dessin de cette ferronnerie protectrice représente en effet une grande rosace qui entoure les bustes d’Héloïse et d’Abélard. Ces deux portraits imaginaires évoquent la vogue des sujets « troubadours » dans la première moitié du XIXe siècle. Ils témoignent bien sûr de l’engouement du public pour l’histoire légendaire des deux amants maudits, considérés comme les « Roméo et Juliette » parisiens.

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 Décor de rinceaux et de grotesques – 8, cité de Trévise

L’immeuble élevé sur le trottoir opposé présente sans doute le décor le plus foisonnant de la cité de Trévise : sa porte est encadrée de pilastres parcourus de grotesques et couronnés d’un chapiteau à volutes et feuillage ; son linteau compartimenté est également envahi de rinceaux. 

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Linteau sculpté d’une fenêtre – 8, cité de Trévise

Des tables sculptées décorent en outre le dessus des fenêtres du rez-de-chaussée : elles représentent en alternance des guirlandes de fleurs et des médaillons fixés par des rubans. De petits bouquets de fleurs coupées retombe sur les médaillons, environnés de branches de laurier et d’olivier. 

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L’immeuble aux colonnes – 11bis, cité de Trévise

Dans l’angle nord-ouest, l’immeuble aux colonnes possède la seule entrée d’aspect véritablement monumental : son grand porche est encadré de colonnes cannelées à chapiteau ionique, qui supportent un balcon imposant à balustres de pierre. Deux dragons griffus, ailés et au corps terminé en rinceau, décorent les écoinçons du porche voûté en plein cintre. 

Les fenêtres cintrées du rez-de-chaussée sont comprises dans un appareil de refends. Les hautes fenêtres rectangulaires de l’étage sont couronnées de frontons triangulaires.

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Niche, médaillon et têtes sculptées – 11bis cité de Trévise

Les deux corps de bâtiment perpendiculaires de cet immeuble sont reliés par un pan coupé, dont l’étage est décoré d’une niche creusée en cul-de-four et flanquée de pilastres à chapiteau composite. Dépourvue de statue, cette niche repose sur la tête d’un chérubin ailé.

Une table légèrement creusée occupe le registre supérieur : elle porte un médaillon, présenté par deux cornes d’abondance ; sur ce médaillon paraît le buste d’une femme, qui présente son visage de profil. Coiffée d’un tissu, cette femme a les épaules dénudées, les cheveux noués en chignon sur la nuque et des perles en boucle d’oreille. 

 

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Décor d’entrelacs – 14, cité de Trévise

Une marquise arrondie à carreaux de verre et structure en ferronnerie protège la porte à décor d’entrelacs de l’immeuble situé dans l’angle sud-est. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont voûtées en plein cintre et la façade, scandée de médaillons à motif floral. L’ordonnance de la façade voisine est identique, avec le même décor d’entrelacs autour de la porte d’entrée.

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L’immeuble aux cornes d’abondance – 20, cité de Trévise

Les immeubles de la voie filant vers la rue Bleue bénéficient d’un décor particulièrement raffiné et délicat : corniches à denticules, consoles à enroulement, motifs de perles, de feuillage, bandeaux décorés de feuilles de vigne et d’oves pour séparer les différents niveaux de l’élévation…

L’immeuble aux cornes d’abondance possède un encadrement de porte décoré avec le même soin : rangs de feuillage, de perles et de dents de scie logés dans les moulures ; entrelacs autour d’un médaillon au chiffre composant le linteau ; corniche à motifs de feuillage, rangs de denticules et d’oves. 

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Corne d’abondance – 20, cité de Trévise

Dans la partie supérieure de l’encadrement, un décrochement ménage une place à deux petites cornes d’abondance débordant de fruits.  

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